• TRAFIC MONDIAL: BIEN ORIENTE, HORS DES PAYS EX-SOCIALISTES.

    LA VOIE d'EAU, LE MODE DE TRANSPORT LE PLUS MULTIMODAL

    Depuis 1990, le trafic fluvial mondial baisse. Pourquoi? La réponse unique se trouve dans l'effondrement de l'empire soviétique, et ses prolongements en Europe centrale. Une nouvelle série statistique permet de le mettre en évidence. En effet:

    - Soit on ne dispose plus, du fait de la scission de certains pays, de la totalité du trafic antérieurement reporté, comme dans le cas de diverses républiques de l'ex-Yougoslavie, absentes du tableau depuis 1991.

    - Soit le trafic fluvial subit le contrecoup d'un embargo: On ne navigue plus sur le Danube à l'aval de Budapest (trafic autrichien, trafic hongrois), ni à la remonte depuis les ports roumains et bulgares, ce qui annihile pratiquement le trafic de ces pays.

    - Soit on constate une baisse drastique du trafic, liée à des changements économiques et politiques, notamment en ex-URSS, laquelle a perdu près de la moitié de son tonnage entre 1990 et 1992.

    Malgré tout cela, le "Trafic Européen sans la France" résiste bien, surtout en tonnes-kilomètres. Mais cette série comporte aujourd'hui près d'une dizaine de pays en proie aux convulsions d'un changement de régime ou aux affres de la guerre. Ce n'est donc plus une série stable.

    en milliers de tonnes métriques et millions de t.km (1 ton.mile = 1,46 t.km)

    en milliers de tonnes métriques et millions de t.km (1 ton.mile = 1,46 t.km)

    On a donc réalisé un nouveau regroupement, plus ou moins à l'abri des anomalies citées plus avant, le "Trafic Mondial sans les pays Ex-Socialistes".

    Il n'est pas exempt de phénomènes anormaux, puisqu'il inclut l'Autriche, touchée par l'embargo sur l'Ex-Yougoslavie, et qu'il inclut aussi la RDA avant 1990, alors que le trafic de ce pays s'est dissous dans le trafic de la RFA sans qu'apparaisse quasiment d'augmentation dans le total Allemand.

    Mais cette série "Trafic Mondial sans les pays Ex-Socialistes" reste orientée à la hausse, surtout en tonnes-kilomètres, ce que l'on peut vérifier sur les graphiques.

  • Ecroulement dans les pays de l'Est

  • Quant aux pays Ex-Socialistes, ils sont passés de 756 millions de tonnes en 1988 à ...284 millions en 1993, une perte de substance de 63 %!

    Il y a sous cet écroulement plusieurs phénomènes distincts:

  • - Tout d'abord la fin des pratiques antiéconomiques que l'économie hyper-planifiée de ces pays engendrait et pouvait seule tolérer. Ce fait était commun à tous les modes de transport, et provoquait de longs parcours pour amener de Sibérie ou de l'Oural des marchandises existant sur place. Pour doper les statistiques, il était fréquent que les rotations d'engins de transport soient prévues chargées tant à l'aller qu'au retour, parfois du même type de marchandise. Dans le fluvial, certains bateaux pouvaient amener du pétrole brut, et repartir avec des produits raffinés.

    - Le troc entre les pays du bloc socialiste obligeait également certains à accepter du charbon ou du minerai de fer contre des autocars ou du pétrole, par exemple. Une partie des quelques 15 millions de tonnes de trafic fluvio-maritimes était constituée de ce type de flux étonnant.

    On peut aussi citer dans le secteur fluvial le fait qu'un fort pourcentage de la flotte d'URSS avait été construite dans les pays de l'Est, RDA et Hongrie notamment, les chantiers russes, de ce fait, n'ayant plus guère d'expertise dans la construction de bateaux à passagers ou de fluvio-maritimes.

    Cela a engendré des problèmes pour les pièces détachées, occasionnant la mise hors service ou la cannibalisation de nombreux bateaux.

    - Enfin l'économie générale s'étant écroulée, les secteurs essentiels générateurs de trafic fluvial, comme le Bâtiment, se sont vus profondément désorganisés. En Ukraine, par exemple, 86 % du trafic était des matériaux de construction, et ce poste a fondu.

  • On va sans doute assister dans ces pays nouvellement libéraux à la création d'autres flux, plus rationnels, mais il faut pour cela attendre que l'économie se soit un peu stabilisée, et que le passage au capitalisme ait généré son propre tissu économique.

  • - En Europe Danubienne, les guerres et les embargos ont davantage favorisé les transports occultes ou peu regardants sur les exigences statistiques. Un bateau briseur de blocus, par nature, ne sera pas dans les statistiques. De plus, un blocus fluvial étant plus facile à faire respecter qu'un blocus terrestre, le trafic concerné a prioritairement utilisé des modes terrestres, essentiellement la route, en lieu et place du fluvial, qui était ainsi désavantagé.

    - Dans ce même secteur géographique, l'éclatement des pays a provoqué des non-déclarations, comme pour la Serbie depuis 1992, ou des doubles déclarations, comme dans le cas de la Fédération Tchèque et Slovaque. Ce dernier cas a été rectifié dans nos statistiques, avec une certaine marge d'approximation.

  • On voit que la baisse du trafic fluvial des pays ex-socialistes est liée aux problèmes économiques et politiques de ces pays, et nullement à une quelconque régression structurelle du mode fluvial.

  • L'émergence de l'Amérique du Sud

  • Dans le reste du monde, le fluvial est bien orienté, sous l'effet principalement du trafic américain. 1993 a été une année de récession dans beaucoup de pays, et même les Etats-Unis ont baissé sensiblement. Ce n'est encore qu'un à-coup conjoncturel.

    Afin de faire encore progresser la connaissance du transport fluvial, nous pourrons faire état, dans notre prochaine analyse, des statistiques de pays émergents, notamment en Amérique du Sud.

  • La photo jointe représente un convoi de 38 barges, vides (6.500 tonnes de poids mort), remontant l'Orénoque au Venezuela.
  • ©ACBL de Venezuela

    ©ACBL de Venezuela

    Le convoi habituel, chargé à la descente, est constitué de 20 ou 25 barges chargées à 11 pieds (3,35 m), c'est à dire 32.000 ou 40.000 tonnes de cargaison.

     

  • Ce pays va bientôt générer plus de t.km que la Belgique, avec pratiquement un seul flux.

    Le Rio de la Plata et le Parana voient également des convois très impressionnants, de 30 à 35.000 tonnes.

    Ces deux fleuves sont ainsi à égalité de gabarit avec le Yangtsé, en Chine, et ne sont dépassés que par le Bas-Mississippi, qui a vu il y a quelques années un record de 72 barges vides à la remonte (convoi de 580x85m ou 520x96m).

  • LE MODE LE PLUS MULTIMODAL

  • Le fluvial, malgré quelques vicissitudes, est donc toujours un mode d'avenir, surtout depuis qu'il se prête au trafic de conteneurs. Le chiffre de 1995 sur le Rhin a dû dépasser 800.000 EVP, c'est à dire pour l'ensemble de l'Europe près d'1,5 million EVP en transport fluvial, dont 100.000 EVP en France.

    Dommage que l'on ne puisse être plus précis, faute de statistique exhaustive: C'est cependant déjà 5% du trafic des voies navigables européennes qui se réalise par conteneurs, environ 5 à 6 Milliards de t.km généré sur les voies d'eau européennes, qu'il faut mettre à l'actif des opérateurs engagés dans ces trafics. Beau dynamisme!

    UNE REVOLUTION QUALITATIVE

    Avec 5 % de son trafic consacré aux conteneurs, la Voie d'Eau est même le mode de transport intérieur le plus multimodal, aucun de ses concurrents n'approchant ce pourcentage. On est donc bien loin du chaland qui passe et de l'identification "fluvial=vrac". La Voie d'Eau est ainsi au seuil d'une révolution qualitative, que les changements de structure contemporains permettent et accompagnent.